{Chronique} Le peuple n’est pas foutu, l’apéro est dans la rue…

_pu_n2Une chronique de Maud Le Floc'h pour la Revue Territoires - Juin 2010

vign_terrLes débats concernant les apéros géants lancés sur Face Book tournent en boucle sur les thèmes alcool-sécurité-virtuel-réel…. Ils omettent d’évoquer l’essentiel: la réappropriation collective de l’espace public. Sur fond d’un rituel familial et social hyper traditionnel, les Face bookers disent bien plus :

« La rue est à nous. On y est, et c’est même pas pour y manifester (… à priori).

La rue, on l’occupe de façon provisoire et conviviale. Y a pas de mal. On est autonome, et ras le bol des terrasses des bars qui margent. Et vous savez quoi ? On n’a pas d’autre revendication que d’être ensemble, de partager nos solitudes et,… de lever le voile de nos toiles »

Les apéros géants se font à même le sol, le muret, le parapet ; le rebord de fenêtre ou la poubelle jaune faisant office de comptoir. A Nantes la fontaine du Commerce n’avait jamais contenu tant de jouvence dans ses bassins.

Pour autant toute nouvelle occupation de l’espace public, aussi temporaire soit-elle, n’est pas une affaire simple : désordres, débordements, hors contrôles. Ici, la difficulté est augmentée ; pas tant par l’alcool que par la fulgurance à mettre en mouvement plusieurs milliers de jeunes gens. En cela, la vieille flash mob était moins menaçante ;  flash et juste potache, donc inoffensive

Les apéros géants s’installent plus longuement. Apéros de rue, de ville, d’inter-villes, ils constituent une expérience collective excitante parce que « border », parce que dehors, parce sans mot d’ordre, ni organisateurs. Il s’agit d’une nouvelle TAZ « Temporary autonomy zona » (cf Hachim Bey), à savoir une organisation qui s’auto-dissout dès qu’elle est répertoriée.

En cela les apéros géants sont désopilants. Ils se montent en un clin d’œil, s’affichent au grand jour, abritent des individus anonymes qui font communauté puis fondent… sauf cas imbibés.

Mais les Facebookers seront encore plus déroutants pour l’ordre public quand ils trouveront l’idée d’un rassemblement moins spécifiquement éthylique…  quand ils contre-fêteront Saint « face de bouc », par exemple !